Le président, Issa Hayatou parle sur le CHAN

“Mon appréhension a vite été dissipée grâce à la qualité de l’organisation mise en place par la Côte d’Ivoire”

Monsieur le Président, comment avez-vous vécu la première édition du CHAN?
Avec un peu d’appréhension avant mon arrivée en Côte d’Ivoire. Nous lancions une épreuve nouvelle avec des contours très spécifiques, réservée aux seuls joueurs évoluant dans leurs compétitions nationales. C’était, aux yeux de beaucoup, un défi. Lorsque le Comité Exécutif a décidé la création de cette épreuve, nous étions tous d’accord pour dire qu’elle correspondait à un besoin et que nous étions dans l’obligation de donner un coup de pouce à nos associations pour renforcer les compétitions qu’elles organisent chez elle. C’était la vocation du CHAN, dont on mesurera plus tard les prolongements. Mon appréhension a vite été dissipée grâce à la qualité de l’organisation mise en place par la Côte d’Ivoire. Je me dois de rendre un vibrant hommage au Président Laurent Gbabo, au Premier ministre Guillaume Soro et à tout son gouvernement, ainsi qu’à Jacques Anouma , président du COCHAN, et son équipe qui, dans un contexte difficile, ont fait des sacrifices pour faire vivre et de quelle manière le CHAN. Une première édition est souvent décisive. Si l’organisation est défaillante, c’est la compétition elle-même qui est remise en question. Le choix de la Côte d’Ivoire comme terre d’accueil a été un excellent choix. J’ai, tout au long de mon séjour, entendu parler de réconciliation nationale, de paix. Si la CAF a pu contribuer, ne serait-ce que de façon minime, au renforcement de ce double engagement, nous pouvons dire que nous avons réussi notre action. Le football et la politique, dans nos pays, vont souvent de pair. Quand on analyse bien la situation, l’un a souvent besoin de l’autre. Mais ce n’est pas, comme certains veulent le dire pour la critiquer une instrumentalisation du football par la politique. C’est tout simplement méconnaître les réalités sociales et économiques de nos pays ».

Est-ce que cette compétition entièrement nouvelle dans son concept a répondu à l’attente de la CAF?
« Nous avons assisté à une compétition d’un très bon niveau. Etaient présentes à Abidjan et Bouaké des équipes qui étaient à quelques unités près la sélection nationale de leur pays, la Libye, la Zambie, le Zimbabwe par exemple ; d’autres étaient l’émanation d’un ou de deux clubs ; les dernières avaient élargi leur recrutement à plusieurs clubs. Toutes les confrontations ont été acharnées, dans des conditions climatiques particulièrement éprouvantes, forte chaleur et humidité ; les demi-finales ont attendu les derniers instants pour délivrer leur verdict. Tous les échos qui m’ont été rapportés sont positifs. Je sais qu’un certain nombre de pays qui n’avaient pas souhaité s’inscrire pour les éliminatoires de la première édition ont changé d’attitude. La preuve que nous avons réussi. Je suis convaincu que le CHAN va devenir un trophée recherché que tous les pays, un trophée qu’il faudra avoir gagné.

Le Président de l’une de nos associations nationales m’a confié : pour nous la CAN est un rêve très lointain, inaccessible dans l’immédiat. Avec le CHAN, j’ai un projet fédérateur qui va me permettre de mobiliser tous nos joueurs. Ce championnat est, pour eux, une ambition accessible. Cela correspond totalement à la philosophie de cette nouvelle compétition ».

L’absence de quelques grands pays de football, Egypte, Nigeria, Cameroun, Angola, Maroc n’a-telle pas été préjudiciable à la médiatisation de l’épreuve.
Il y a eu, d’après les chiffres que m’a procurés la Direction de la Communication quelques 600 hommes de medias accrédités, presse audiovisuelle, presse électronique, presse écrite confondues. Ce n’est qu’un début. Je pense que nos joueurs étaient livrés à eux-mêmes, déconsidérés dans leurs propres pays. Nous leur avons donnés l’occasion de montrer ce dont ils sont capables dans un contexte continental. Aujourd’hui chacun peut avoir l’espoir d’accéder à ce qui va devenir un grand rassemblement puisque, dès la deuxième édition, nous allons passer de huit à seize participants, comme pour la CAN. Cette dernière a mis des années avant de devenir le troisième événement de football après la Coupe du monde et l’Euro. Je ne le répèterai jamais assez, nous sommes déterminés à favoriser le développement du football dans nos pays. Cela passe par le CHAN, par l’instauration petit à petit du professionnalisme, synonyme de statut des joueurs, des entraîneurs et des dirigeants ».

Il n’y a pas de compétition réussie sans une bonne organisation. De l’avis de nombreux observateurs, la Côte d’Ivoire a parfaitement rempli son contrat.

Je l’ai déjà dit. La Côte d’Ivoire a magnifiquement rempli son contrat. Dorénavant, son organisation servira de modèle. J’espère qu’un jour elle sera candidate à l’organisation de sa deuxième CAN après celle de 1984.J’ai profité de ma présence dans ce pays pour honorer une invitation de l’ASEC Mimosas à visiter ses installations. Elles sont remarquables. Et j’incite tous les Africains en déplacement en Côte d’Ivoire à y faire un tour. Si nos plus grands clubs disposaient des mêmes infrastructures, nous ferions un bond supplémentaire en avant. En ma qualité de Président de la CAF, je suis très fier du travail qu’ils ont accompli. C’est un exemple pour tous ».

Sur le terrain, les matches ont été équilibrés, témoignant d’un nivellement vers le haut des valeurs. Au moins aussi important le comportement des joueurs. Il n’y a pas eu de contestation de décisions d’arbitre. Les footballeurs africains se sont véritablement acheté une conduite.
Je partage totalement cette affirmation. C’est une de nos grandes satisfactions. Nos joueurs sont plus respectueux les uns des autres. De nos arbitres aussi. Les entraîneurs se sont parfois énervés, les bancs avec eux, les joueurs jamais. La bataille du fair-play a été gagnée en Côte d’Ivoire. Année après année, le comportement des joueurs s’améliore ; celui des arbitres aussi. De par ma fonction, je m’interdis toujours de porter un quelconque jugement sur l’arbitrage. Je fais totale confiance à la Commission des arbitres ».

Peut-être deux déceptions : le faible nombre de buts inscrits en Côte d’Ivoire alors qu’on avait battu un record lors de la dernière CAN. Et l’absence du public à Abidjan.
Pour beaucoup, les joueurs présents en Côte d’Ivoire n’avaient pas d’expérience internationale. Ils étaient comme des chanteurs et des musiciens qui affrontent pour la première fois le public. Peut-être n’ont-ils pas suffisamment tenté, peut-être ne se sont-ils pas mis en position idéale de tir. Doit-on le leur reprocher ! La haute compétition réclame un peu d’expérience. Le CHAN est là tout à la fois pour les aguerrir et leur permettre de frapper à la porte de l’équipe A. Ce qu’ils ont vécu au CHAN leur sera profitable pour la suite de leur carrière. L’avenir, c’est un projet que nous construisons ensemble.

La Côte d’Ivoire a pris un coup sur la tête dès le premier match. Le Chef de l’Etat était présent, le public aussi ; la pression populaire et celle des medias étaient énorme. Vous auriez voulu qu’ils réagissent comme si chaque semaine ils jouaient devant 40.000 spectateurs. Je suis sûr qu’ils se sont battus pour livrer le meilleur d’eux-mêmes. Au lieu de les critiquer, il convient de les encourager. Une défaite sportive ne doit jamais tourner au bannissement des sportifs. Ancien sportif, ce n ‘est pas comme cela que je conçois la compétition. Nous sommes parfois excessifs dans la louange comme dans la critique. Pas un athlète ne fait exprès de perdre. Que le meilleur gagne demeure le principe fondamental de la compétition sportive ».

16 équipes pour la deuxième édition. Le CHAN sera la version, dirons -nous cent pour cent « africaine » de la CAN. C’est lourd à organiser, surtout dans une période qui est et sera économiquement difficile. Est-ce que la CAF ne serait pas devenue trop ambitieuse ? Sportivement, cela ne semble pas créer de difficultés majeures, mais l’intendance pourra-t-elle suivre?
Certains nous ont fait le même reproche quand nous avons augmenté le nombre de participants à la CAN, à 12 puis à 16. Il est facile de critiquer ceux qui entreprennent comme ceux qui restent immobiles. On nous a traités de fous quand nous avons confié la CAN au Burkina Faso, puis au Mali. Quelqu’un s’en est-il jamais plaint après. Notre devoir consiste également à encourager la réalisation d’infrastructures solides, durables. Vous ne ferez jamais taire les accusateurs publics, les démolisseurs professionnels. Nous, nous travaillons.

Depuis que je suis Président , la CAF a profondément étoffé son calendrier. Nous avons créé des compétitions, nous en avons également supprimé une (Coupe de la CAF). Nous savons où nous voulons aller: plus loin, plus haut, plus beau ».

SOURCE: Cafonline.com

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