Interview Me Roger Ouegnin (PCA de l’ASEC Mimosas). «Institutionnaliser l’ASEC Mimosas par le foot»

Au lendemain de sa distinction dans l’Ordre du Mérite de la CAF et de son entrée dans la Commission Stratégique de la FIFA, nous avons rencontré Me Roger OUEGNIN, le patron de l’ASEC Mimosas, pour nous parler de ces différentes distinctions, des ses ambitions pour son club qu’il veut aider à grandir encore et encore.

Interview.

Mimosas Magazine: Monsieur le Président, quels sentiments vous animent aujourd’hui après votre distinction dans l’Ordre du Mérite de la CAF, à Lagos, lors des cérémonies de GLO-CAF Awards ?

Roger OUEGNIN: Vous savez que l’être humain est constamment taraudé par deux préoccupations profondes : être libre et avoir raison. Ce prix vient ratifier le fait que nous avons eu raison à l’ASEC, d’emprunter le chemin qui est le nôtre, celui de la construction du club, en ayant en vue, les enjeux sportifs. C’est dire combien je suis heureux.

MM: Que pensez-vous des propos de respect, d’admiration et d’encouragements que vous ont témoignés certains dirigeants de clubs ivoiriens qui vous considèrent comme leur modèle, après votre distinction de Lagos ?
RO : Ce sont des propos qui les honorent, car ils sont une preuve d’humilité et de réalisme à la fois. Quant à moi, je leur en suis reconnaissant.

MM: Monsieur le Président, voilà qu’après cette distinction, vous venez d’être coopté pour siéger à la Commission Stratégique de la FIFA, alors que vous êtes déjà membre de l’importante Commission du Football des Clubs de la FIFA. Que signifie cette autre nomination pour vous, pour l’ASEC Mimosas et le football ivoirien ?
RO: Cette nouvelle mission à laquelle je suis appelé au sein de la FIFA rejaillit de manière honorifique sur le football ivoirien. Cela veut surtout dire que notre pays, la Côte d’Ivoire et son personnel sportif demeurent à la tâche et que c’est apprécié. Pour nous, à l’ASEC Mimosas, cette mission est un honneur et une responsabilité. Elle est une marque de confiance qui doit être méritée : vous voyez le challenge. Mon associé, Me N’GOUIN-CLAIH, qui est Avocat mais également écrivain, a écrit : « un bonheur qui vous échoit, doit vous faire prendre conscience des responsabilités qui en découlent, plutôt que des privilèges qui s’y rattachent » in Humeurs et Folies (Cerap).J’adhère pleinement à cette pensée.

MM: Chose importante à noter, la Commission Stratégique de la FIFA que préside Sep Blatter, en personne, comprend 30 membres dont quatre présidents de clubs issus des différentes confédérations de football. Vous faites partie de ces quatre présidents de clubs. Cela ne démontre-t-il pas vos mérites personnels et le prestige de l’ASEC Mimosas auquel vous avez donné une envergure internationale ?
RO: Ce que je retiens surtout, c’est que pour nous à l’ASEC Mimosas, plus nous sommes honorés, plus nous devons faire preuve de zèle dans nos devoirs et nos responsabilités. En effet, à chacun son rôle et ses responsabilités : les uns travaillent, les autres apprécient. A l’ASEC Mimosas, nous avons compris que travailler à la réalisation du programme que je viens de rappeler, nous conduit à servir le football ici et partout ; ainsi que le footballeur, il ne faut jamais l’oublier.

MM: Après votre distinction dans l’Ordre du Mérite de la CAF, vous avez eu une pensée pour votre défunt père, pour tous vos frères et sœurs, pour votre épouse et vos enfants ainsi que pour tous vos collaborateurs de l’ASEC Mimosas et pour tous les Actionnaires. Avez-vous la même pensée aujourd’hui après votre entrée à la Commission Stratégique de la FIFA ?
RO: Vous l’avez compris, l’ASEC Mimosas est, en soi, une belle aventure que je ne vis pas seul. Je suis embarqué tout au long de cette aventure avec toutes ces personnes que vous citez et c’est ensemble que nous célébrons ou subissons chaque étape. On le sait depuis longtemps, l’ASEC Mimosas est une immense famille ; ma famille biologique y est immergée, c’est tout simple.

MM: Monsieur le Président, il y a vingt ans, lorsque vous preniez les rênes de l’ASEC Mimosas, imaginiez-vous occuper les positions qui sont les vôtres aujourd’hui dans les instances du football international ?
RO: Il y a vingt ans, l’enjeu était : un meilleur devenir de l’ASEC Mimosas. Tirons simplement de ce qui arrive, la leçon bien connue que le travail paie. Nous allons donc continuer de travailler pour : l’ASEC Mimosas, la CAF et la FIFA. Nous sommes sûrs de travailler ainsi pour le sport ivoirien.

MM: Vous êtes en train de bâtir l’ASEC Mimosas sur plusieurs plans. Vous en avez fait une grande équipe crainte et respectée partout en Afrique. Vous l’avez dotée également d’un complexe sportif moderne, d’une Académie de football, d’un hôtel de luxe, etc. Jusqu’où comptez-vous aller ? RO: Il nous faudra aller jusqu’à construire une véritable institution du football pour commencer, du sport pour terminer. Vous observez que tout ce qui relève d’une institution ne change pas de nature, c’est-à-dire fondamentalement, mais seulement de degré ou d’aspect.
C’est pourquoi vous dites : « une grande équipe crainte et respectée . . . » car l’équipe de l’ASEC Mimosas, qu’elle gagne ou qu’elle perde, s’exprime au diapason de son rang. Je reste convaincu que cette situation n’est pas séparable de cette institution dans laquelle elle vit.

MM: Partagez-vous l’avis de ceux qui disent que les performances de l’équipe professionnelle de l’ASEC Mimosas, ces dernières années, ne correspondent pas au niveau de développement du club ? RO: Ce que je viens de dire contredit cet avis. Mais l’arbitrage parfait entre les tenants de cet avis et moi, c’est la distinction qui vient de m’être attribuée à travers l’ASEC Mimosas. « Ces dernières années » ont bien été prises en compte par les autorités de la CAF. Toutefois, notre ambition est d’accroître sans arrêt, les performances de notre équipe.

MM: Quel est votre plan pour mettre les performances de votre club en adéquation avec son niveau de construction ? RO: Il faut savoir que vu ses ambitions, notre club sera toujours en construction. Cette construction correspond à un programme intégral ; voilà notre plan. Il consiste à construire sans arrêt notre club : aux plans matériel, administratif et juridique, de la gestion et de l’éthique.

MM: Pensez-vous, Monsieur le Président, qu’il est encore possible de bâtir de grandes équipes comme par le passé avec la fuite des talents et la paupérisation croissante de nos pays africains, à cause de la crise économique mondiale ?

RO: De plus grandes équipes nationales que par le passé en tout cas, dans le contexte que vous décrivez. En ce qui concerne les équipes de clubs, une instabilité due aux mouvements des joueurs dans l’espace et dans le temps, s’oppose apparemment à l’ambition de bâtir une grande équipe. Mais ces mouvements-mêmes qui sont inhérents à la vie, échappent aux volontés humaines à un moment donné. C’est pourquoi, il faut bien tout relativiser.

MM: Dans un tel contexte, l’Etat ne devrait-il pas aider les dirigeants sportifs ivoiriens à construire leur club et contribuer efficacement à l’éducation et à la promotion sociale de la jeunesse de ce pays, comme cela se fait au Maghreb, en Lybie et en Egypte ?
RO: vous savez, l’Etat a tellement à faire ! Peut-être pas aider les dirigeants à construire leur club, mais soutenir les clubs en construction, conformément à un critérium d’actes et de conditions à satisfaire. Au Maghreb, en Lybie et en Egypte, il n’y a pas que les clubs que tout le monde connaît. Il y existe de petits clubs que personne ne connaît à l’extérieur. Cela signifie que des conditions d’aide sont appliquées.

MM: Avec vos différentes responsabilités à la CAF et à la FIFA, aurez-vous encore assez de temps pour vous impliquer dans la gestion quotidienne de votre club comme vous le faites depuis vingt ans ?
RO: Je viens de vous le dire, ces responsabilités nous obligent à aller encore plus loin, plus haut. Il va me falloir trouver le temps de mes charges, et c’est possible, car je vous rappelle que je ne suis pas seul.

MM: Monsieur le Président, avec vous, l’ASEC Mimosas est entrée dans une ère de records dont celui de la longévité que vous avez établi à la tête du Conseil d’Administration de votre club. Le 19 novembre 2009, vous aurez passé vingt ans à la tête de l’ASEC Mimosas. Comment expliquez-vous ce long bail ?
RO: Parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, parce que les Actionnaires observent qu’en vingt ans, je suis resté l’ouvrier spécialisé que je leur avais annoncé.

MM: Quel est votre secret pour être toujours d’attaque après ces vingt ans ?
RO: Le secret, le voici : la réserve de passion à la fois pour le foot et pour l’ASEC Mimosas n’est pas encore épuisée.

MM: Quand vous dites que vous êtes là pour cinquante ans encore, que voulez-vous dire par là ?
RO: Je vous ai parlé tantôt d’institutionnaliser l’ASEC Mimosas par le foot, n’est-ce-pas ? A ce stade-là de sa construction, personne ne pourra plus changer fondamentalement quoi que ce soit dans notre club, pendant au moins cinquante ans. C’est clair, j’espère.

MM: Monsieur le Président, comment voyez-vous l’ASEC Mimosas, le football ivoirien et le football africain dans les vingt prochaines années ?
RO: C’est une colle. Continuons de travailler avec abnégation et foi, chaque jour. Peut-être que j’aurai une réponse précise à votre question après quelques temps au sein de la Commission Stratégique de la FIFA. Je profite de votre tribune pour exprimer ma reconnaissance aux autorités de la FIFA pour ce grand honneur et à celles de la CAF.

Interview réalisée par Koné Ismaël

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