«De quelle fin de règne nous parle-t-on ?»

Me Koné Mamadou, le Président du CNACO, revient sur la saison 2007 pour dire ses vérités sur des faits qui ont marqué l’exercice écoulé de la Ligue 1 Orange. Il parle, sans détours, de la perte du titre de champion 2007, du fait majeur du championnat, de la promotion du football national, du comportement des Actionnaires, de l’exode massif des jeunes footballeurs ivoiriens, de la notion d’esprit de famille ASEC et des préparatifs pour la saison prochaine. Le tout sur fond d’optimisme et de conviction.

LA PERTE DU TITRE
L’ASEC a perdu son titre de champion, d’abord par sa propre faute, pour n’avoir pas su gérer certains matches cruciaux et les tournants importants de cette saison.
Ensuite par un concours de circonstances qui ont entraîné le fait majeur, selon moi, du championnat 2007 : le match à rejouer contre la SOA.
Beaucoup de personnes continuent de se demander pourquoi les dirigeants de l’ASEC ont accepté de rejouer ce match. D’autres encore se demandent pourquoi le match Issia-Africa, lui aussi interrompu avant la fin, n’a pas été rejoué.
La réponse est simple : tout est question de règlement.
Le règlement de la Fédération prévoit qu’en cas de refus de jouer d’une équipe, cette équipe perd le match. En tout cas, la rencontre n’est pas à rejouer.
A ISSIA, il y a eu refus de jouer d’une équipe qui de surcroît était menée au score. Le match n’avait pas à être rejoué, dans ces conditions.
Au Stade Robert Champroux, il y a eu interruption de la rencontre par la volonté de l’arbitre qui a estimé que la visibilité n’était pas suffisante pour lui permettre d’officier normalement. Dans ce cas, selon notre règlement, le match est à rejouer.
Dans certains pays, en application de leur règlement, un tel match serait rejoué, mais uniquement pour le temps qui restait à jouer.
Dans d’autres pays encore, sans que cela soit une règle écrite, l’équipe qui était menée, offre à son adversaire, au début du match rejoué, l’avantage acquis avant interruption.
Comme la SOA aurait été grande si, à l’occasion du match rejoué, elle avait offert d’entrée, deux buts à l’ASEC ! Cela vaudrait, par rapport à la notion de fair-play, beaucoup mieux que ces petites banderoles qui précèdent la sortie des joueurs des vestiaires et auxquelles plus personne ne fait attention.
Je le répète, dans ma conception du fair-play, la SOA et notre football auraient été grandissimes si, dès le début du deuxième match, la SOA offrait deux buts à l’ASEC.
C’est certes une question de fair-play. Mais aussi une question de justice.
Car enfin, est-ce la faute de l’ASEC s’il n’y a pas eu de lumière au Stade Robert Champroux ?
Est-ce la faute de l’ASEC si ceux qui ont organisé deux matches au Champroux ce jour-là, n’ont pas veillé à s’assurer que la lumière électrique marche dans ce stade ?
Aujourd’hui, le hasard a voulu que ce soit l’ASEC. Elle s’est montrée respectueuse des règlements. Mais demain, quand ça serait quelque club moins civilisé, que se passera-t-il ?
J’en connais qui, dans les mêmes circonstances, auraient organisé des conférences de presse dans les arbres, sous la lagune, dans la rue, dans les maquis, au marché, même sous la terre, pour crier à « la combine – pour – favoriser – l’ASEC. »

LA PROMOTION DU FOOTBALL NATIONAL ET LA MOBILISATION DES SUPPORTERS
Il est souhaitable que nous ayons plus d’égard et plus de respect pour les compétitions nationales.
C’est le lieu de rappeler qu’il n’est pas demandé à la FIF ou à la Ligue de mobiliser les supporters des clubs, mais de faire la promotion du spectacle qu’elle organise, en sa qualité de propriétaire des compétitions nationales.
Il y a là, une nuance de taille.
N’est-ce pas un mépris pour notre championnat national que d’organiser des matches, dans ces conditions ? Les risques de blessures des joueurs sont plus grands, lorsqu’ils jouent dans l’obscurité.
En cas de blessures de joueurs, dans ces conditions, l’assurance (pour ceux qui sont assurés) n’a-t-elle pas le droit de décliner sa garantie ?
Combien de francs faut-il pour remettre en état ces installations du Stade Champroux ?
Au fait, combien coûte une « Nuit des Oscars du Football Ivoirien » ?
Respecter également nos compétitions en ne les prenant pas pour des compétitions pour vétérans. Et prendre part, à 52 ans, à un match officiel du championnat national est irrespectueux à l’égard de la compétition en question

LA QUESTION DE L’ALTERNANCE PRONEE PAR LE PRESIDENT DE LA FIF
Le club qui a été sacré champion de Côte d’Ivoire, en 2007, mérite sans doute son titre.
En tout cas, il a su profiter d’un concours de circonstances favorables, pour nous ravir notre bien. Cela doit faire plaisir aux tenants de la thèse de l’alternance.
Cependant, comment ne pas se poser des questions ?
Peut-on parler d’alternance en matière de football alors que c’est le plus méritant du moment qui l’emporte ?
Va-t-on, au nom de l’alternance, déclarer champions de Côte d’Ivoire les clubs, les uns après les autres, par ordre alphabétique, le championnat n’étant organisé que pour tenir les équipes en forme et pour déterminer celles qui vont descendre en deuxième division ?
En tout cas, au nom de l’alternance, on sait déjà qui ne serait pas champion en 2008.
Et puis, si l’on parle d’alternance en matière sportive, que dire quand il s’agira d’élections ?
Je pense en définitive que le Président de la FIF n’aurait pas dû dire sa préférence pour l’alternance, à deux journées de la fin du championnat national, car ses propos sont de nature à être perçus par certains animateurs de notre football, comme une indication.

LE COMPORTEMENT DES ACTIONNAIRES
Autant, il faut reconnaître que l’équipe professionnelle a mal géré certains matches capitaux, autant il faut aussi reconnaître que les Actionnaires ont leur part de responsabilité dans la perte du titre. Car enfin, l’arbitre du match contre la SOA aurait-il osé interrompre la rencontre, s’il y avait 30 mille supporters de l’ASEC dans les tribunes ?
La Ligue n’aurait sûrement pas organisé ce match au Champroux si elle savait qu’il y aurait 30 000 ou même simplement 20 000 Actionnaires au Stade.
On organise même la finale de la Coupe nationale entre l’ASEC et ISSIA, au Champroux. Impensable, il y a à peine cinq ans encore !
Notre abandon de notre club a pour conséquence que certaines personnes croient pouvoir trouver-là, l’occasion d’en faire un club pas différent des autres.
Pour réveiller nos comités, je vais entreprendre des rencontres avec les bureaux des comités communaux, pour préparer la préassemblée de notre club et la saison prochaine.
Je réfléchis également à l’organisation d’une journée « portes ouvertes » à Sol Béni.

LA FIN DE REGNE DE L’ASEC MIMOSAS ?
J’en vois déjà certains qui déclarent partout que c’est le début de la fin du règne de l’ASEC.
Je voudrais d’abord remercier ceux-là, car ils reconnaissent, enfin, le règne de l’ASEC.
Je voudrais ensuite leur dire qu’ils se trompent, même si je respecte leurs rêves qu’ils prennent pour des réalités.
Le règne d’un club comme l’ASEC ne s’arrête pas à cause de la perte d’un titre.
Comment parler de fin de règne lorsque :
– L’ASEC continue d’être le club qui fournit le plus de joueurs aux équipes nationales ?
– L’ASEC continue d’être une référence continentale ?
– L’ASEC est le seul club d’Afrique Noire à contester aux clubs de l’Afrique du Nord leur domination sur le football africain ?
– Le Président de l’ASEC est respecté par toutes les instances du football ?
– Certains se font inviter à la Radio Nationale pour parler, pendant deux heures, non pas de leur début de règne (auquel ils ne croient pas beaucoup, eux-mêmes) mais plutôt de la fin de règne de …l’ASEC ?
– Certains joueurs du club champion de Côte d’Ivoire en 2007 quittent ce club et que certains supporters dudit club disent que c’est le Président de l’ASEC qui les fait partir à l’étranger ?
– Sol Béni se construit et s’améliore chaque jour davantage quand les autres en sont seulement à des idées pour acheter un terrain en vue de commencer à construite ?
Alors de quelle fin de règne parle-t-on ?

L’ESPRIT DE FAMILLE ASEC
A propos de l’esprit de famille, beaucoup de personnes ont exprimé leur fierté à la suite de la visite à Sol Béni des anciens Présidents de l’ASEC Mimosas, sur invitation du Président du Conseil d’Administration, Maître Roger OUEGNIN.
Cette invitation et cette visite sont une excellente chose.
On peut développer d’avantage l’esprit de famille, en essayant par exemple de créer des emplois, au sein du club, en priorité pour les Actionnaires.
Mais dès à présent, l’esprit mimos peut jouer partout au niveau de tous les services. Où que vous soyez, quel que soit votre métier, dès que vous vous rendez compte que votre interlocuteur est un Mimos, il faut avoir des égards particuliers pour lui.
En cas de vacance de poste, si vous avez un pouvoir décisionnaire, à votre niveau, à diplômes égaux et qualités égales, entre plusieurs candidats, choisissez éventuellement le Mimos.
A l’inverse, l’esprit de famille mimos ne veut pas dire que le club doit prendre en charge les frais médicaux des Actionnaires malades, les frais funéraires des supporters décédés ; que le club doit acheter des taxis aux supporters ; que le club doit payer les frais de scolarité des enfants des supporters ou les loyers des supporters. Le club n’en a pas les moyens, tout simplement.
Et c’est le supporter qui supporte le club et non l’inverse.
C’est le lieu de rappeler que l’ASEC est une association à but non lucratif.
Ce qui signifie qu’elle peut chercher à gagner de l’argent, mais cet argent ou bénéfice n’est pas à être distribué aux dirigeants ou aux Actionnaires (contrairement à une société commerciale) mais qu’il doit être réinvesti dans l’objet associatif, par exemple, la construction de la Maison Excellence, le financement de l’équipe professionnelle et de l’Académie MimoSifcom.
L’ASEC Mimosas a vocation à entretenir l’esprit de famille; elle a pour vocation aussi à créer des emplois, mais pas la vocation d’aider financièrement ses millions de supporters. C’est impossible.

L’EXODE DES JOUEURS ISSUS DE NOTRE CHAMPIONNAT
C’est simple. Dans le football moderne, le joueur va là où il espère gagner plus d’argent et là où il espère donner un plus à sa carrière.
Que faisons-nous pour rendre attractif notre football ?
Cela me fait bizarre de constater que des joueurs quittent notre championnat pour aller au GABON ou en GAMBIE, pour, espèrent-ils, donner une autre trajectoire à leur carrière.
Et cela doit interpeller tous les acteurs du football ivoirien, à mon avis.
Allons-nous continuer de nous dénigrer les uns les autres ?
Comment se fait-il qu’à partir de 2002-2003, le nombre de spectateurs dans nos stades, pour tous les clubs, ait constamment diminué ?
Comment se fait-il que ces mêmes joueurs des clubs locaux qu’on dit nuls et inintéressants deviennent brusquement bons et dignes d’être regardés dès qu’ils portent la tunique orange ?
La promotion (réussie) des Eléphants est-elle incompatible avec la promotion du football local de clubs ?
Autant de questions auxquelles il va falloir que nous ayons le courage de répondre un jour.
Afin que la Côte d’Ivoire demeure longtemps une référence dans le football mondial.

Interview réalisée par K. Ismaël

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