«L’ASEC ne peut pas retenir un joueur contre son gré»

Répondant aux questions que les Internautes lui ont
posées sur le site www.asec.ci, le Président du CNACO,
Me Koné Mamadou, à travers cette interview-vérité,
s’est penché sans détours sur les préoccupations
actuelles des Actionnaires telles que “la vente” des
joueurs, le problème de la formation à l’ASEC Mimosas
et les contradictions du football ivoirien.

LA « VENTE » DES JOUEURS

«Je tiens à vous féliciter pour le travail de
mobilisation que vous essayez de mettre en place pour
que les Actionnaires apportent leurs contributions à
la construction de notre club.

Mais, je pense que ce travail ne peut porter des
fruits que lorsque nous serons compétitifs sur le plan
africain.

L’ASEC a du mal à retenir ses joueurs brillants sur
plusieurs saisons, comparée aux équipes de l’Afrique
du Nord. Pensez-vous que nous pourrons remporter
encore un jour ce prestigieux trophée ? Si oui avec
quels joueurs ?»

Marius K.

«J’aimerais savoir si l’ASEC fait la politique de
vente de joueurs ou si elle recherche des trophées ?
Car j’ai l’impression qu’un bon joueur ne fait pas
plus d’une saison à l’ASEC et donc à chaque saison, il
faut en chercher d’autres et les vendre la saison
suivante.»

ABOU

«L’ASEC se veut-elle une équipe de compétition ou bien
forme-t-elle pour transférer ? A cette allure, on
n’est pas près de remporter une Coupe d’Afrique. Qu’en
pensez-vous Maître ?

TANOH

«Ma question est la suivante : pourquoi l’ASEC libère
vite ses joueurs qui sont souvent en progression et ne
cherche pas à les remplacer de la même valeur. Nous ne
comprenons rien dans tout ça. Nous voulons une
explication, Monsieur le Président du CNACO.»

KOUASSI

Me KONE MAMADOU :

«Ma réponse à ces questions s’articulera autour de
deux axes : juridique, socio-économique et sportif.

1- AU PLAN JURIDIQUE :

Il importe de savoir que le transfert des joueurs est
régi par les règles édictées par la FIFA (pour les
transferts internationaux) et par les fédérations
nationales (pour les transferts nationaux).

Je pense que ce qui intéresse les Actionnaires, ce
sont les transferts internationaux (d’un pays à un
autre ou d’un continent à un autre).

Les règles à connaître pour bien comprendre le
processus des transferts sont les suivantes :

-Pour être lié à un club, le joueur doit signer un
contrat écrit avec ce club. Avant, il suffisait qu’il
signe une licence au profit de ce club.

-Pendant le contrat, le joueur ne peut être transféré
dans un autre club qu’avec l’accord du premier club.
Dans ce cas, le premier club ou le club quitté a droit
à une indemnité de transfert qu’il discute librement
avec le deuxième club.

-A l’inverse, le joueur libre, c’est-à-dire le joueur
dont le contrat avec un club A a expiré ou expirera
dans 6 mois, peut signer dans un club B, sans que le
club quitté ou club A ait droit à une indemnité de
transfert.

-La durée maximum d’un contrat avec un joueur de moins
de 18 ans est de 3 ans.

Elle est de 5 ans, pour un joueur de18 ans ou plus.

C’est ce qui explique que les clubs ont pris
l’habitude de prolonger les contrats qui les lient à
leurs joueurs, avant terme.

Non pas pour les empêcher de partir dans un autre
club, mais pour sauvegarder leur droit à l’indemnité
de transfert.

C’est dire que la gestion du football moderne
nécessite la connaissance et la maîtrise des textes de
la FIFA.
C’est ainsi que certains grands clubs ont, en leur
sein, toute une direction juridique.

Et les joueurs, pour défendre leurs intérêts, de plus
en plus, signent des contrats avec des Agents agréés
par la FIFA, pour qu’ils les conseillent et pour
qu’ils gèrent leur carrière.

2-AU PLAN SOCIO-ECONOMIQUE ET SPORTIF :

Aujourd’hui, le football est devenu une véritable
industrie.
IL est surtout une profession.

Et la FIFA définit le joueur professionnel comme étant
celui qui bénéficie d’un contrat écrit avec un club et
qui perçoit une indemnité supérieure au montant des
frais effectifs qu’il encourt dans l’exercice de cette
activité footballistique, autrement dit, qui perçoit
un salaire.

C’est dire que le joueur qui a choisi le football
comme profession, doit vivre de son métier. Et il a
tout au plus une quinzaine d’années pour construire sa
vie, en tant que footballeur professionnel.

Alors, fermez les yeux et imaginez un instant la
situation suivante :
Vous êtes un Actionnaire. Vous aimez l’ASEC plus que
tout. Si on coupe votre veine, c’est du sang jaune et
noir qui va en couler.

Votre fils est doué au football qu’il choisit comme
métier, avec votre bénédiction.
Naturellement, il joue à l’ASEC avec qui il signe un
contrat de cinq ans, pour un salaire mensuel de
500.000 F, par exemple.

Au bout d’une année, l’ASEC a fait la promotion de
votre fils. A tel point qu’un club européen propose à
votre fils un contrat avec les avantages suivants:
50.000.000 de francs CFA de prime à la signature du
contrat ; 10.000.000 de francs CFA de salaire par mois
(sans oublier les primes de matches bien supérieures à
celles que l’ASEC lui verse). Voire plus : j’ai lu
récemment, dans un journal français, que le salaire
mensuel moyen d’un joueur de Ligue 1, en France, est
de 43.000 Euros soit 28.206.151 F CFA…

Honnêtement, diriez-vous à votre fils de rester à
l’ASEC ou lui conseilleriez-vous de saisir cette
occasion qui, peut-être ne se représentera plus
d’autres fois ?

Mais, si vous encouragez votre fils à partir dans ce
nouveau club et que l’ASEC, sous prétexte que le
joueur lui doit encore 4 années de contrat, le retient
à Abidjan, sans pouvoir lui donner ce qu’il aurait
gagné en Europe, approuveriez-vous cette position de
l’ASEC ? N’auriez-vous pas le sentiment que l’ASEC
empêche votre fils d’évoluer et d’aider toute sa
famille ?

Et si l’ASEC retient ce joueur contre son gré, parce
qu’il est sous contrat, croyez-vous que sur le terrain
c’est le contrat qui jouera ?

Ce joueur aurait-il la tête à sa tache à l’ASEC ?
Rappelez-vous. En l’an 2003, des joueurs ont quitté
l’ASEC, sans son accord, à trois journées de la fin du
championnat national de football…

Dans ces conditions, n’est-t-il pas plus raisonnable
de la part de notre club, de laisser partir un joueur
qui a une réelle chance d’avoir plus d’argent
ailleurs, quitte à l’ASEC de négocier avec le nouveau
club une indemnité de transfert qui contribuerait à
l’aider à faire face aux charges très lourdes du club
et à assurer la continuation de la formation ?

D’autant plus que si vous gardez un tel joueur malgré
lui, non seulement il sera moralement absent, mais
encore à la fin de son contrat, il devient un joueur
libre, donc transférable sans indemnité de transfert
pour l’ASEC.

Vous me direz alors, pour l’ASEC pourquoi le club ne
recrute pas un autre joueur de même valeur ?

D’abord, les joueurs ne sont pas des modèles fabriqués
dans une même usine, avec les mêmes qualités, comme
des voitures, par exemple.
Ensuite, toujours pour les mêmes raisons économiques,
souvent les joueurs de talent sont directement
proposés aux clubs étrangers, par l’intermédiaire des
Agents dont c’est le métier.

Ça n’est donc pas parce que vous auriez vendu un
joueur que vous êtes sûr de pouvoir recruter un autre
d’égale valeur.

La Côte d’Ivoire pourrait être la plaque tournante du
football en Afrique de l’Ouest, à condition d’injecter
davantage d’argent dans ce sport et de le rendre plus
attractif par une réelle promotion.

On n’attire pas les mouches avec du vinaigre, mais
avec du miel.

Et de ce point de vue, nous sommes déjà très loin
derrière les clubs de l’Afrique du Nord, à plus forte
raison des clubs européens.

Et il paraît logique que l’Afrique du Nord domine,
dans ces conditions, le football africain des clubs.

Seuls quelques rares clubs d’Afrique noire comme
l’ASEC, réussiront à leur tenir tête. Faisant ainsi «
un véritable miracle », comme le dit le Président
Roger OUEGNIN.
Je voudrais donc dire à tous les Actionnaires que ce
n’est pas avec plaisir ou par calcul mercantile que
l’ASEC « vend » ses joueurs, mais bien parce que notre
club est obligé de les laisser partir. (Encore que les
transferts hâtifs ne sont pas aussi nombreux que ça).

Telle est la réalité du football moderne.

C’est une réalité économique basée sur la règle de la
meilleure offre pour le joueur.

C’est également une réalité sociologique : le joueur a
le droit de chercher à avoir le maximum d’argent qui
puisse lui permettre d’assurer sa vie et celle de ses
père et mère, ses frères et sœurs, et celle de son
épouse et de ses enfants.

C’est ainsi que l’on assiste à des situations à peine
croyables : pour entrer à l’Académie MimoSifcom, les
candidats et leurs parents sont prêts à vous supplier,
même à genoux. Une fois entré gratuitement dans notre
centre, l’enfant de 12 ans par exemple, est logé,
nourri, suivi médicalement, éduqué par le biais des
études normales et formé au métier de football,
gratuitement.

Cinq années après, vous proposez à ce jeune de signer
un contrat pour jouer à l’ASEC, il vous répond : « je
ne signe pas en l’absence de mon Agent ».
Et le père ou la mère de ce joueur qui vous suppliait
cinq années auparavant, est le premier à encourager
son fils à suivre les conseils de l’Agent qui pourra
le faire partir en Europe, espère-t-il.
Croyez-moi, les dirigeants de l’ASEC sont amenés à
gérer toutes ces situations difficiles, en pensant à
la meilleure solution possible pour notre club.
Et ça n’est pas simple.
Telle est la vérité. Je vous la donne.
Si vous voulez continuer à bouder notre club, vous le
ferez au moins en connaissance de cause.
Si à l’inverse vous vous rendez compte que vous vous
êtes trompés sur votre jugement à l’égard des
dirigeants, alors vous devriez réviser votre position.
Je demande aux Actionnaires de s’informer et de se
former par rapport à cette évolution du football.
L’ASEC continuera de se battre pour être parmi les
meilleurs clubs africains.
Et la Coupe d’Afrique reviendra à Sol-Béni au moment
où on s’y attendra le moins. Comme en 1998».

LA FORMATION :

«Bonjour Maître, aujourd’hui l’ASEC est devenue une
équipe sans véritable animateur de jeu. N’y a-t-il pas
question de remettre en cause le système de formation
actuelle ?»

TANOH

«On a la nostalgie de la première promotion de
l’Académie Mimosifcom. Pourquoi ne pas rappeler au
Centre de Formation les anciens collaborateurs de Jean
Marc GUILLOU dont certains sont en rupture de ban avec
leur employeur ?»

JOSUA

Me KONE MAMADOU :
«La question de la formation est très délicate.

Et je comprends que certains soient nostalgiques de la
première promotion.
En réalité, la première promotion a bénéficié de
circonstances exceptionnelles.

D’abord, le club et ses partenaires avaient mis
beaucoup de moyens en jeu pour que cette expérience
soit une réussite.

Ensuite jusqu’à la création de l’Académie MimoSifcom,
Centre de Formation de l’ASEC MIMOSAS, il n’existait
pas, en Côte d’Ivoire, un véritable Centre de
Formation structuré pour dispenser des études normales
aux élèves tout en leur apprenant le métier de
footballeur.

La conséquence de ce fait est la suivante : alors que
l’Académie Mimosifcom avait démarré avec 8 élèves, au
fil du temps et de la publicité que nous faisions
autour de notre Centre, des techniciens, formateurs ou
propriétaires d’autres Centres moins connus et moins
structurés vont eux-mêmes diriger leurs meilleurs
éléments vers l’Académie de l’ASEC.

Par exemple, qui se souvient aujourd’hui de ce que
KOLO TOURE, AROUNA DINDANE, MAMADOU DANSOKO ou MADINHO
et YAYA TOURE étaient, au départ, du Centre de
Formation“Les INCONDITIONNELS d’ADJAME” de SAMAKE
SIAKA dit ROPERO ?

En outre, la première promotion a bénéficié d’une
promotion exceptionnelle (excusez la répétition) : le
fait d’être montée ensemble en équipe première, IVOIRE
OLYMPIQUE etc.
Aujourd’hui, il y a une prolifération des Centres de
Formation ; dans toutes les villes, dans tous les
quartiers, dans tous les villages, il y a des Centres
de Formation.

Et les propriétaires et/ou formateurs de ces Centres
dont la plupart ne sont même pas rattachés à des
clubs, formant ces jeunes en vue de les vendre, ne
vont pas céder à l’Académie MimoSifcom leurs meilleurs
éléments.

C’est pour ces raisons que déjà avec le premier
formateur, la deuxième promotion de l’Académie
MimoSifcom a produit, en nombre, moins de joueurs
talentueux par rapport à la première promotion, et la
troisième promotion encore moins par rapport à la
deuxième.
Il y a donc un constat : de manière générale, du fait
de la prolifération (due en grande partie au succès de
notre Académie), des Centres de Formation en Côte
d’Ivoire, il sera de plus en plus difficile à ces
Centres de produire, dans une même promotion, trois ou
quatre joueurs de talent à vocation mondiale.
Notre Académie ne fait pas forcément exception.

Quant à rappeler au sein de l’Académie MimoSifcom des
anciens collaborateurs du premier formateur de notre
Centre, je pense que ce sont sûrement des gens de
grand talent et de grande science qui ont eu
l’occasion de dispenser leur savoir à Dabou ou
Jacqueville, à Toumodi, avec les résultats que l’on
sait ou plutôt que l’on ne sait pas.

Sans compter qu’ils peuvent aller, aujourd’hui, à
Bamako qui n’est pas loin d’Abidjan.

Au fait, le monde entier attend encore les KOLO, les
AROUNA, les BAKY, les YAYA et autres KALOU malgaches,
issus du Centre de formation ouvert à Madagascar en …
l’an 2000.

La formation pose aujourd’hui d’autres problèmes de
fond, plus sérieux, déjà vécus en Europe par les clubs
formateurs. Faut-il continuer de former des jeunes
tout en sachant qu’une fois formés, ils ne sont pas
obligés de signer un contrat en votre faveur ? Car qui
dit contrat, dit accord de volontés.

Faut-il continuer de former des joueurs qui à partir
de 18 ans peuvent signer des contrats avec des clubs
étrangers, sans que le club formateur puisse s’opposer
?
La France, par exemple, souffre beaucoup de ce
problème, certains de ses jeunes joueurs formés dans
ses Centres de Formation étant souvent sollicités par
des clubs étrangers plus riches.

La question de TANOH entraîne donc une autre question.
Faut-il continuer à former nos pensionnaires de
l’Académie MimoSifcom à partir de 12 ans (avec le
risque qu’ils nous disent, 5 ans plus tard, qu’ils ne
signent pas de contrat avec nous en l’absence de leurs
agents) ou faut-il les recruter à partir de 16 ou 17
ans, ce qui réduit le coût de la formation ?
Je pense donc que la formation au plan mondial, pose
des problèmes auxquels les Actionnaires épris de
l’évolution de leur club et du football, devraient
réfléchir.

Les dirigeants de l’ASEC ont quelques idées sur les
solutions à ces problèmes».

«Mais chacun aura compris, j’espère, que la formation
englobe tout un ensemble d’éléments, de droit, de fait
et de circonstances qu’il faut maîtriser».

LES CONTRADICTIONS
DU FOOTBALL IVOIRIEN :

« Monsieur le Président, vous avez parlé un jour, sur
le plateau de la télévision ivoirienne, de
contradictions du football ivoirien.J’aimerais savoir
ce que vous vouliez dire ? »


KOFFI

Me KONE MAMADOU :

«Je pense que nous devons protéger et promouvoir notre
football.

Je pense également qu’il y a contradictions ou
paradoxes :

-Lorsque la télévision d’Etat ivoirienne programme
avec un luxe de publicité, la retransmission en direct
d’un match opposant deux équipes anglaises, le jour
même et à l’heure même d’un match de Coupe d’Afrique
d’un club ivoirien à Abidjan.

-Lorsqu’un journaliste de la radio ou de la télévision
ivoirienne, commentant un match du championnat
national dit : «ce but, même ma grand-mère aurait pu
le marquer.
On comprend pourquoi les gens préfèrent économiser
leur argent pour acheter leur garba ou attendre les
matches des Eléphants, plutôt que de voir ce genre de
spectacle.»
-Lorsque la veille d’une rencontre importante de Coupe
d’Afrique de football à Abidjan, l’on laisse jouer un
match de rugby au Stade HOUPHOUET BOIGNY.
-Lorsque l’on suspend pendant un mois les compétitions
nationales alors que les clubs engagés en Coupe
d’Afrique ont besoin de jouer pour retrouver leur
rythme de compétition. – Lorsque l’on réussit à faire
en sorte que les clubs locaux ne profitent pas de la
bonne image des Eléphants, alors que ces derniers sont
presque tous issus de ces clubs.

-Lorsque des Présidents de clubs, des entraîneurs
déclarent, sur les antennes de la radio ou de la
télévision, à longueur d’années qu’ils ont perdu à
cause des arbitres.

J’ai même entendu, le samedi 6 octobre 2007, un
entraîneur dire que l’équipe adverse avec laquelle son
équipe venait de faire match nul, n’est pas du niveau
de la première division. C’est grave, au regard de
l’éthique.

Cet ensemble de choses, répétées plusieurs fois depuis
2003, finissent par constituer un dénigrement du
football local ivoirien, ce qui est la négation de la
promotion de ce football. D’où la contradiction ou le
paradoxe
Le Fédération Ivoirienne de Football, propriétaire du
championnat et donc organisatrice du spectacle, par le
biais de la Ligue Professionnelle, semble avoir pris,
enfin, conscience de cette situation, en organisant,
vers la fin du championnat actuel, des manifestations
de promotion de notre football.
Nous devons l’y aider.
Afin de recréer la magie de notre football. Pour le
rendre attractif à nouveau».

Me KONE Mamadou
Président du CNACO

LAISSER UNE REPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

neuf − 8 =